Parce que c’étaient ses parents.
Parce qu’il croyait encore qu’aider sa famille était une évidence.
Ce vendredi-là, il avait laissé Lila chez eux en pensant bien faire. Claire y déposait aussi ses filles. Lila avait préparé un petit sac rose, 2 figurines et un paquet de biscuits à partager.
— Je vais être sage, papa.
Marc l’avait embrassée sur le front.
— Amuse-toi, ma puce. Je reviens vite.
Colette avait souri depuis le perron.
— T’inquiète pas, elle sera bien ici.
Maintenant, dans cette cuisine, Marc regardait sa fille trembler contre lui.
— Pourquoi Lila fait la vaisselle pendant que les autres jouent ?
Colette essuya ses mains sur son tablier.
— Oh, ça va, Marc. On lui apprend juste à se rendre utile.
— Elle a 6 ans.
Bernard haussa les épaules depuis le couloir.
— Les filles de Claire n’ont pas à faire ça. Ce sont nos vraies petites-filles.
Le silence tomba d’un coup.
Lila s’accrocha plus fort au pull de son père.
Marc regarda sa mère, puis son père.
— Donc ma fille ne compte pas ?
Personne ne répondit.
Marc prit le sac de Lila, la souleva dans ses bras et sortit de la maison sans se retourner.
Derrière lui, Colette cria qu’il faisait son cinéma.
Mais ce qu’ils ignoraient, c’est que cette nuit-là, Marc allait prendre une décision qui allait faire s’effondrer toute leur petite famille bien propre…
PARTIE 2
Dans la voiture, Lila ne dit rien pendant presque 20 minutes.
Elle regardait les lumières de la route défiler derrière la vitre, son sac rose serré contre elle comme un bouclier. Ses cheveux collaient encore à ses tempes. Ses manches sentaient le liquide vaisselle bon marché.
Marc conduisait en silence.
Il avait envie de hurler.
Mais il ne voulait pas que sa fille voie sa colère avant de retrouver sa sécurité.
À un feu rouge, une petite voix fendit l’air.
— Papa… pourquoi mamie et papi ne m’aiment pas comme Emma et Zoé ?
Marc serra le volant.
Cette question-là, aucun adulte ne devrait jamais laisser entrer dans le cœur d’un enfant.
Il se gara près d’une boulangerie fermée, coupa le moteur et se tourna vers elle.
— Écoute-moi bien, Lila. Tu n’as rien fait de mal. Jamais. Tu es ma fille. Ma vraie fille. Ma famille. Si des adultes ne savent pas aimer correctement, c’est leur problème, pas le tien.
Elle baissa les yeux.
— Mamie a dit que je devais aider parce que moi, je n’étais pas pareille.
Marc sentit sa gorge se nouer.
Il aurait voulu effacer cette phrase de sa tête. L’arracher comme une écharde.
Le soir même, il lui prépara un chocolat chaud, lui donna son pyjama avec les petits nuages et resta assis près de son lit jusqu’à ce qu’elle s’endorme.
Quand sa respiration devint calme, Marc alla dans le salon.