Ils ont forcé sa fille adoptive à faire la vaisselle pendant que les autres jouaient… puis son père a coupé le robinet

PARTIE 1

— Frotte mieux, au lieu de pleurnicher. Même pour ça, t’es pas fichue de servir à quelque chose.

Marc Delorme entendit cette phrase avant même d’avoir posé son manteau dans l’entrée.

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Il venait d’arriver chez ses parents, à Argenteuil, après une réunion interminable à La Défense. Il pensait retrouver sa fille Lila en train de jouer avec ses cousines dans le salon.

Mais les rires venaient de la salle à manger.

Les sanglots, eux, venaient de la cuisine.

Marc poussa la porte sans frapper.

Lila, 6 ans, était debout sur un vieux tabouret en bois, les manches trempées jusqu’aux coudes, les petites mains plongées dans un évier rempli de mousse. Devant elle, des assiettes trop lourdes glissaient entre ses doigts.

Ses joues étaient rouges. Ses yeux gonflés.

À table, Emma et Zoé, les filles de sa sœur Claire, jouaient avec des poupées neuves en plastique brillant. Elles riaient en la regardant.

— On dirait une petite bonne, lança Emma.

Marc sentit quelque chose se fissurer en lui.

Lila tourna la tête. Dès qu’elle vit son père, elle lâcha l’éponge.

— Papa… pardon… j’y arrive pas bien.

Elle courut vers lui, les bras mouillés, la respiration cassée.

Marc la serra contre lui.

Il avait adopté Lila quand elle avait 2 ans, après l’avoir rencontrée dans une structure de l’Aide sociale à l’enfance, en Seine-Saint-Denis. Elle ne parlait presque pas, mais elle lui avait attrapé l’index avec une telle confiance qu’il avait compris, ce jour-là, qu’une famille ne commence pas forcément par le sang.

Elle commençait parfois par une petite main qui refuse de lâcher.

Depuis, Lila était son monde.

Mais ses parents, Bernard et Colette, n’avaient jamais vraiment accepté cette adoption.

Quand Marc leur avait annoncé sa décision, sa mère avait soupiré comme s’il venait de gâcher sa vie.

— Tu aurais pu rencontrer une femme et avoir un vrai enfant.

Son père avait été encore plus froid.

— Une enfant adoptée, ça reste une enfant adoptée. Faut pas se raconter des histoires.

Marc avait voulu croire que le temps arrangerait les choses.

Il s’était trompé.

Pour Emma et Zoé, ses parents achetaient des robes, des livres, des chocolats, des places au cinéma. Pour Lila, il y avait à peine un bonjour sec, parfois un regard gêné, souvent rien.

Malgré ça, Marc les aidait.

Bernard avait perdu son poste dans un garage, Colette enchaînait les remplacements en cantine scolaire. Leur maison familiale risquait d’être saisie à cause du prêt immobilier.

Marc payait une grosse partie des mensualités.

Tous les mois.

Sans faire d’histoire.